Recul des naissances en Europe -
Faut-il parler de crise ou de chance ?
Le commentaire d'Irene
Kernthaler-Moser
S'ils vous arrive de
prendre le train le vendredi après-midi vous vous demanderez
sûrement pourquoi il est sans cesse question de recul de la natalité
: excités par l'arrivée du week-end, des enfants de tous les âges
font valser les cartables, s'interpellent et se disputent les places
en riant et gesticulant tandis que des adolescents se lancent des
regards langoureux. Et pourtant les chiffres officiels annonçant la
baisse de la natalité sont bien là. Dans ses rapports sur la
situation sociale, la Commission européenne parle du vieillissement
de la société en Europe. Alors qu'en 1960 les femmes européennes
avaient encore en moyenne 2,59 enfants, les statistiques pour 1999
donnent un chiffre de 1,45. Les pays du sud qui ont toujours
été considérés comme les pays des familles nombreuses ont
enregistré au cours des 20 dernières années un recul de la fécondité
global se situant entre 32 et 46 %. Aujourd'hui, la "mama" italienne
souvent citée n'a plus que 1,19 enfant en moyenne et fait plus ou
moins figure de lanterne rouge à l'échelle mondiale.
D'où
vient cette évolution ? Les uns disent qu'elle est la conséquence de
l'individualisation. Chacun doit se débrouiller pour faire son
chemin dans la vie, et cela demande du temps. D'autres rappellent
que le baby boom représentait un phénomène hors normes,
historiquement unique en son genre en Europe ; il ne faudrait donc
pas se baser sur ces chiffres pour faire des calculs. Dans certains
pays, le chômage élevé chez les jeunes fait que ceux-ci ont
nettement dépassé les 30 ans lorsqu'ils fondent une famille. Dans
d'autres, la situation critique sur le marché du travail, la perte
d'acquis sociaux ou les mutations de l'Etat social sont responsables
d'une plus grande frilosité des projets de vie. C'est ainsi que peu
après l'Unification allemande le taux des naissances était près de
zéro ; les conditions de vie avaient changé si radicalement que,
pour commencer, les jeunes repoussaient de quelques années leurs
projets familiaux. Les évolutions sont variées. Les scientifiques ne
sont d'accord que sur deux points :
- Le recul des naissances en Europe
n'est pas dû à une raison unique. Il y a bien plutôt
"multicausalité" comme disent les scientifiques.
- Les stratégies mises en ¦uvre pour
résoudre ce problème sont aussi variées qu'est différent le
comportement général des individus suivant les pays.
Cette évolution de la
natalité a des conséquences aussi bien au niveau des structures
d'accueil des enfants et des écoles que sur le marché du travail. La
génération du baby boom qui représente actuellement la majorité de
la population active va vieillir. Et, à partir de 2025 au plus tard,
le nombre des Européens actifs sera en continuelle régression. Là
encore les experts ont du mal à se mettre d'accord sur les
conséquences que pourrait avoir cette évolution pour la
compétitivité de l'économie européenne. Certains estiment que ce
phénomène sera compensé par une augmentation continue de la
productivité. D'autres, en revanche, demandent une plus grande
intégration des femmes et des salariés âgés sur le marché du
travail. Avec les conséquences que ceci implique pour la formation
initiale, la formation continue et le système européen des
retraites.
Quoi qu'il en soit, la politique est préoccupée
par l'évolution de la natalité ; mais une fois encore, les avis des
experts ne vont pas tous dans le même sens. Les scientifiques sont
de plus en plus nombreux à se demander si ce recul des naissances
n'a que des aspects négatifs et s'il ne s'agit pas tout simplement
d'une évolution dont il faut tout simplement tenir compte dans les
actions politiques.
L'Observatoire européen de la
situation sociale, de la démographie et de la famille a étudié de
façon approfondie les questions relatives à la baisse de la natalité
en Europe. Vous trouverez d'exposés et données à ce sujet sur le
site Internet de l'Observatoire. Vous pourrez ainsi vous faire votre
propre opinion sur la
question. |